De Joel Jouanneau
Mise en scène : Féodor Atkine – avec Caroline Bonis & Jean Le Scouarnec

Création Automne 2017

Notes d’intention
Le principe de la commande m’est plutôt étranger. Me savoir rémunéré à l’avance pour un texte non écrit suffit à glacer l’encrier dans lequel je puise. D’ordinaire je déclare forfait. Si j’ai cependant accepté de répondre à la demande de Jean Le Scouarnec, et de lui écrire une pièce pour deux personnages, c’est donc à titre gracieux, à nos risques et périls, et c’est surtout et avant tout que j’aime son élégance, laquelle se manifeste tout autant sur le plateau que dans la vie. Le voir et l’entendre me donne envie de sortir et visiter mes carnets, ce que j’ai commencé de faire depuis. La première difficulté de cette petite entreprise est de devoir, un an avant la remise de la copie, décider d’un titre et rédiger les quelques lignes à même de produire du désir chez d’éventuels co-producteurs et programmateurs, titre et lignes fragiles qui peuvent fondre et se dissoudre au contact de la page blanche. Nous verrons bien.
Aujourd’hui et le conditionnel s’impose, le titre serait Dernier rail, et Jean Le Scouarnec un ethnologue atteint de la mélancolie des moines. Passionné par le cerveau humain, il se serait décidé à prendre pour cobaye le sien, ce qui le conduirait à prendre congé du monde en se réfugiant dans une bergerie au cœur de la pampa. De l’autre côté de l’Atlantique, les lettres de ses proches se raréfient, et on finit par l’oublier, ce qui n’est pas fait pour lui déplaire, mais surgie de nulle part, ou de l’abus d’herbes folles, une randonneuse de passage lui demande asile. Conformément au principe Kantien de l’universelle hospitalité qui veut que soit accordé à tout étranger un droit de visite, il lui accorde une heure, et montre en main. Mais ce que Franck Murdock ne sait pas, ce dont il ne peut se douter, et que ses travaux ont omis de traiter, c’est qu’il peut se passer bien des choses en une heure.

Joël Jouanneau | Août 2016

« Mamie ouate en Papouasie » a été ma première rencontre avec l’écriture et l’univers de Joël Jouanneau. Puis viennent ensuite d’autres lectures de ses textes qui me touchent. Venu s’installer en Bretagne, nous nous sommes alors rencontrés. Il m’a vu jouer au théâtre, notamment Beckett que nous avons évoqué ensemble, ayant lui-même mis en scène La dernière bande avec un illustre acteur.
Son écriture sensible et précise m’incite à lui proposer de m’écrire une pièce sur les rapports « Père-Fille » qui formerait en quelque sorte comme un diptyque avec sa pièce « Mère et fils ».
Ce nouveau texte me sera remis en juin 2017 et d’ores et déjà, je cherche les moyens de sa production et de sa réalisation. Puisse faire que sa déclaration d’intention de ce pré dossier donne envie à mes interlocuteurs de co-produire, pré-acheter et d’accueillir en résidence de répétitions et de créations.

Jean Le Scouarnec | Août 2016

 » Jean le Scouarnec m’ayant fait l’honneur de me solliciter afin d’envisager la mise en scène de  la prochaine pièce de Joël Jouanneau, j’ai eu tout d’abord un moment de questionnement concernant cette proposition.
Étant purement interprète, ce défi m’a semblé trop grand pour mes épaules.Puis en y réfléchissant, j’ai repensé aux stages de théâtre que Annie Fratellini m’avait, il y a quelques années demandé de diriger et au cours desquels, pendant trois mois, j’ai pris un plaisir ineffable à travailler avec de jeunes comédiens et à explorer des textes, dont en les approfondissant je découvrais de nouveaux sens.
Je me rends compte au fur et à mesure des années que quel que soit le travail que j’accomplis, je regarde mes camarades et je trouve souvent des éléments de direction que j’essaye, avec toute la discrétion possible, de faire passer aux oreilles de ces derniers.
En outre, le respect et l’admiration que je porte à Joël Jouanneau me tend à penser qu’un texte sorti de ses mains ne pourra être que rempli de formidables questionnements et d’incroyables ouvertures d’esprit.
Quant à Jean, voir sur scène cette tendresse et cette force incarnées, me conduit à penser qu’une collaboration avec lui ne pourra que déboucher sur une mutuelle et totale compréhension.
Je serais donc à priori enchanté de pouvoir traverser textes, travail de scène et direction d’acteur en compagnie de ces deux personnes pour lesquelles j’ai le plus grand respect. »

Féodor Atkine.

Joel Jouanneau Auteur, curriculum dans « Post-Scriptum »

« Je suis né en 1946 à la Gaillotière, dans une ferme du Loir-et-Cher, près du bourg de Cellé, où je demeure, avec mes parents et mes deux sœurs, jusqu’en 1952. A l’origine, ma mère était domestique de la ferme dont mon père était fils du fermier. Les dettes s’accumulant, la famille s’installe durant trois années à Fontaine-les-Côteaux où les grands-parents maternels tiennent le petit bureau de poste. C’est donc sans doute par piston que mes parents deviennent facteurs auxiliaires du canton de Montoire. Envoyé en éclaireur dans la région parisienne, muni d’une bourse républicaine, je suis interné au lycée Marcel-Roby de Saint-Germain-en-Laye. Finalement renvoyé, après deux années d’expérimentation du statut de souffre-douleur, je retrouve ma famille à Nanterre. Le père est devenu titulaire au centre de tri du 13e, il arrondit nos difficiles fins de mois tôt le matin aux halles, la mère usine, elle, à France-Tapis. En 1963, c’est Saint-Denis et la cité HLM Pierre-Semard. La mère quitte les tapis pour les valves Bardin, entreprise sous-traitante de Michelin. Simple employée elle y deviendra cadre commercial. A la fin d’études agitées au lycée Paul-Eluard, je passe finalement mon baccalauréat, tout en animant une troupe amateur, le collectif du Grand Luxe de 1962 à 1983. En 1967, dans un car, je suis foudroyé par le regard et le visage de celle que j’épouse trois ans après et depuis, je l’accompagne. De 1967 à 1985, j’effectue divers métiers, soit dans l’ordre : instituteur, employé du bureau d’aide sociale, puis coordinateur des affaires culturelles de la vielle de Saint-Denis, journaliste à Révolution, l’hebdomadaire des intellectuels du PCF. Gauchiste en Mai 68, j’ai adhéré au parti le mois suivant. Ce même parti, au vu de la gravité de ses désaccords avec moi, refuse de me remettre ma carte en 1984, ce dont je lui reste reconnaissant. La même année, de retour du Moyen Orient, j’écris Nuit d’orage sur Gaza, et réalise ma première mise en scène, une adaptation d’un roman de Botho Straus : La dédicace, travail produit par le théâtre Gérard–Philipe de Saint-Denis, que dirige un frère et compagnon de toujours, René Gonzalez. J’alterne ensuite l’acte d’écrire : obscurcir bien malgré soi une page blanche, et celui de mettre en scène : éclairer, du moins s’y employer, une boîte noire. En 2001, je quitte la région parisienne pour la Bretagne, et plus précisément Port-Louis. »

Caroline Bonis Comédienne

Formée aux ateliers de la comédie de Saint-Etienne, Caroline rejoint la capitale pour compléter sa formation au studio Alain de Bock. Elle travaille avec différents metteurs en scène tels qu’Arlette Allain, André Tardy, Gaële Boghossian, Raphaël Fernandez, Vincent Dussart, Jean Hache, Sophie Lannefranque… Au cours de ses apprentissages elle travaille également le chant, la commedia dell’arte, le jeu du masque balinais, le théâtre élisabéthain, la danse contemporaine…
Elle monte sa propre compagnie sur Paris, la Compagnie Elemiah avec laquelle elle crée deux projets qui tourneront dans plusieurs salles et villes ainsi qu’au festival d’Avignon.
Quatre expériences en tant que metteur en scène et assistante mise en scène viennent compléter son parcours : Don Quichotte au Théâtre National de Nice, L’Arme de Nuit et Les Ecorches Anonymes, deux pièces de sa propre compagnie présentées entre autres au festival off d’Avignon, et plus dernièrement Le Journal de Grosse Patate.
En terre bretonne, elle collabore avec La Compagnie du Funambule avec laquelle elle met en scène Le Journal de Grosse Patate, avec Jean Le Scouarnec et Raphaëlle Salama. Elle participe à plusieurs courts et longs métrages, clips commerciaux et institutionnels et prête sa voix en doublage et voix off pour des publicités.
Parallèlement, elle partage sa passion du théâtre au sein d’ateliers sur Lorient et sa région.

Féodor Atkine Metteur en scène

Né en France d’un père d’origine russe, Féodor Atkine passe son enfance en Amérique latine avant de revenir en France et de prendre des courts d’art dramatique chez Jean-Laurent Cochet. Danseur, mime et comédien, il sillonne les théâtres du monde entier avant de faire sa première apparition au cinéma dans « La Route » de Jean-Francois Bizot en 1972. Sa carrière prend une ampleur internationale dès les années 70, durant lesquelles il enchaîne les tournages américains avec Woody Allen ou Sydney Pollack italiens avec Gillo Pontecorvo et espagnols avec José Juan Bigas Luna ou Carlos Saura. Feodor Atkine est parallèlement engagé dans des films d’auteur, particulièrement avec Eric Rohmer mais également dans des comédies populaires (Les Sous-doués de Claude Zidi, 1980) et des polars (La Guerre des polices de Robin Davis, 1979 ; Trois hommes à abattre de Jacques Deray, 1980), montrant à quel point le comédien fait preuve d’une grande diversité dans ses choix. Son éclectisme ne se dément pas par la suite, l’acteur multipliant les collaborations avec Andrzej Zulawski (La Note bleue, 1990), Jean-Pierre Mocky (Ville à vendre, 1991), Raoul Ruiz (Trois vies et une seule mort, 1995, Ce jour-là, 2002), Pedro Almodovar (Talons aiguilles, 1991), la plupart du temps pour des seconds rôles. C’est encore le cas dans les productions américaines Ronin (1998) et Vatel (1999), Féodor Atkine apparaissant même brièvement en père de Roxane dans l’Alexandre d’Oliver Stone (2005). Le début des années 2000 le voit mettre à profit ses qualités vocales, puisqu’il prête son timbre grave au dieu Horus d’Immortel (ad vitam) (2002), à des personnages de films d’animation (La Légende du Cid, Les 3 rois mages, 2003), ainsi qu’à une marionnette du Fil de la vie (2004) et à un personnage dans la version française de Rango (2011). Très actif à la télévision ces dernières années, on peut le voir dans de nombreux téléfilms comme Louis XV, Le soleil noir (2009), Le Coeur du sujet (id.), 1, 2, 3 Voleurs, Le Tombeau d’Hélios (2011), Toussaint Louverture (2012). En 2012, il revient au cinéma, par le biais de seconds rôles marquants, comme La Mémoire dans la chair, Aux yeux de tous, World War Z.